Lutte contre les flux financiers illicites au Bénin : L’ONG ALCRER et ses partenaires se mobilisent pour le recouvrement des avoirs volés
A partir de janvier 2026, le Bénin accueille une initiative citoyenne majeure pour la transparence et la redevabilité financières. Porté par le Forum civil pour le recouvrement d’actifs (CiFAR, en anglais) et piloté au plan national par l’ONG ALCRER, le projet de Renforcement de la société civile pour un recouvrement d’actifs transparent et inclusif en Afrique de l’Ouest vise à faire des citoyens et des OSC des acteurs privilégiés du retour des fonds publics détournés.
Le Bénin franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de lutte contre la corruption et les flux financiers illicites. Si le pays s’est déjà doté d’outils performants comme la CRIET ou l’Agence nationale de recouvrement des avoirs saisis, un maillon essentiel restait à renforcer : la participation active des citoyens et des organisations de la société civile (OSC). C’est tout l’enjeu du nouveau projet de 18 mois appuyé techniquement par CiFAR et financé par l’Union Européenne dans le cadre du Projet SecFin Africa (2024 à 2028), mis en œuvre par Expertise France aux fins de soutenir 48 pays de l’Afrique subsaharienne dans la prévention et la lutte contre les flux financiers illicites.
Inscrit dans une dynamique régionale, ce projet est mis en œuvre par un consortium dirigé par CiFAR, une ONG basée en Allemagne, en partenariat étroit avec l’ONG ALCRER au Bénin, ASEPA au Ghana et en association avec « Gambia Participates » en Gambie.
Pour l’ONG ALCRER, acteur historique de la lutte contre la corruption au Bénin, ce projet est « une suite logique de ses engagements en faveur de l’intégrité publique et de la redevabilité financière », assure Gervais LOKO, coordonnateur national du projet. L’organisation dirigée par Martin Vihoutou Assogba est chargée de piloter les activités sur le territoire national, notamment la formation des membres des OSC, l’évaluation du cadre juridique et politique du recouvrement au Bénin ainsi que la mobilisation et la sensibilisation des communautés locales.
Au terme de l’action, environ 20 acteurs provenant de 10 OSC seront en mesure de comprendre les mécanismes complexes du recouvrement d’avoirs afin de pouvoir dialoguer d’égal à égal avec les porteurs de responsabilités dans le domaine.
Il sera également réalisé un état des lieux objectif et rigoureux des lacunes juridiques et institutionnelles en matière de recouvrement d’avoirs illicites au Bénin afin de proposer des réformes concrètes basées sur la Position africaine commune sur le recouvrement des avoirs (CAPAR). Il s’agit « d’évaluer pour mieux agir », précise Victoire TOKPOVI, chargée de la mise en œuvre des activités du projet à ALCRER. Elle ajoute qu’au-delà des OSC, le projet a ciblé les citoyens béninois dont « au moins 1 000 citoyens béninois seront sensibilisés, en particulier les femmes et les groupes vulnérables, pour qu’ils deviennent des vigies de la transparence dans le cadre du recouvrement des avoirs volés ».
« Suivre l’argent » pour le développement social
L’innovation du projet réside dans sa dimension sociale. Pour ses promoteurs, le recouvrement des avoirs ne doit pas être qu’une procédure juridique froide. « Restituer des fonds sans participation citoyenne peut aggraver les inégalités », souligne Gervais LOKO. L’ambition est de s’assurer que les fonds récupérés servent directement au développement des communautés victimes de la corruption. Car, insiste M. LOKO, « on ne le dit pas assez, la corruption, les détournements, les activités criminelles font des victimes au jour le jour et au nom de la justice sociale, il importe que les produits du recouvrement servent à réparer les préjudices que ces dernières ont subis ».
Forte de son expérience dans le contrôle citoyen des finances publiques, ALCRER sera le fer de lance de la coalition nationale des OSC qui seront mobilisées pour être à l’avant-garde de l’appropriation sociale des mécanismes et exigences en matière de recouvrement et porter la voix des citoyens auprès des autorités de lutte contre les flux financiers illicites telles que la cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) et l’agence nationale de recouvrement des avoirs confisqués et saisis (ANRACS) voire le Haut-commissariat à la prévention de la corruption (HCPC).
Avec ce projet, le Bénin se positionne comme un laboratoire de la redevabilité sociale dans la lutte contre les flux financiers illicites en Afrique de l’Ouest, prouvant que la lutte contre l’impunité financière ne peut réussir durablement sans une société civile informée, formée et engagée.
